Le deuxième tour des municipales

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Ça y est, les municipales sont finies et ont comme un air de lendemain de gueule de bois pour le PS. La raclée fut de loin bien plus vigoureuse qu’attendue.

Les chiffres

Tout d'abord l'abstention s'élève à 36,3 %, soit quasiment la même qu’au premier tour. Au niveau national, la gauche rassemble 40,57 % des suffrages, tandis que la droite s'élève à 45,91 %, et l'extrême droite à 6,84 %. Chiffres qui sans aucun doute feront basculer le sénat à droite aux sénatoriales, il faut donc oublier toute tentative de modification de la constitution. De même il y aura probablement un remaniement du gouvernement.

Le PS perd 151 villes de plus de 10 000 habitants, quand la droite enregistre un gain net de 142 villes et l'extrême droite obtient 11 villes dont Béziers et le 7è arrondissement de Marseille (soit 1 379 conseillers municipaux selon le ministère de l'intérieur).

A titre de rappel, la gauche détenait 29 des 42 villes de plus de 100 000 habitants (et donc la droite 13); aujourd'hui le rapport de forces s'établit à 23 sur 42 pour la droite (et donc 19 pour la gauche). Des grandes villes comme Toulouse, Saint-Etienne, Angers, Reims, Amiens et Caen ont basculé. Dans les villes de plus de 30 000 habitants, la gauche avait 122 villes sur 221 (donc 99 pour la droite). Maintenant, la droite a 147 mairies sur 221 et la gauche 55, (les 19 restantes se répartissent entre l'extrême droite et les divers).

Certes le PS sauve Paris, Lyon, Lille, Strasbourg, Metz, Auxerre, Dijon, Nantes et Alençon. 7 ministres sont élus (Frédéric Cuvillier à Boulogne-sur-Mer, Aurélie Filippetti à Metz, Stéphane Le Foll au Mans, Valérie Fourneyron à Rouen, Benoît Hamon à Trappes, Yamina Benguigui à Paris et Manuel Valls à Evry). 4 ministres sont battus: Pierre Moscovici à Valentigney, Guillaume Garot à Laval, François Lamy à Palaiseau et Marie-Arlette Carlotti à Marseille. Pas brillant.

Alors quelle analyse en tirer ?

L'étude de l'abstention est très révélatrice car géographiquement ce sont les banlieues des grandes métropoles qui s'abstiennent le plus et démographiquement ce sont plutôt les jeunes. L’électeur moyen est donc relativement âgé et souvent conservateur, ce qui profite à la droite. Un autre point intéressant est que l'abstention la plus faible est constatée dans le Sud Est, mais ce n'est pas là où le FN réalise ses meilleurs scores contrairement a ce qui a pu être dit. Enfin l'abandon du PS par les "quartiers" me fait actuellement beaucoup réfléchir, j'approfondirais probablement ce point plus tard car les hypothèses sont nombreuses. Je penche pour une désillusion de ce qu'est la gauche et à la crise bien entendu.

Le FN passe donc d'un parti de militants à un parti d'élus et s'implante dans le tissu local. Ce sera une sorte de baptême du feu car pour l'instant les villes gérées par le FN n'ont pas eu un avenir brillant, mais s'ils s'en sortent avec les honneurs alors la troisième force espérée par Bayrou lors des présidentielles de 2007 sera belle et bien là, changeant complètement le centre de gravité en France, du jamais vu sous la 5ème République. L'UMP se réjouit de ce résultat inespéré et va continuer à aller chasser sur les terres du FN (la "ligne Buisson") pour obtenir au maximum des réservoirs de voix. Un pari audacieux à mon humble avis car les cadres du FN ne souhaitent qu'une chose: devenir la droite en France.

La gauche perd et perd beaucoup. Le deuxième tour s'apparente à un "tout sauf le PS" car même les listes PS dissidentes ont eu beaucoup plus de succès qu'eux. Une sanction du gouvernement sans appel et jamais vue au niveau local. C'était attendu car tous les indicateurs sont au rouge et, malgré une très forte augmentation des impôts, ils continuent de se creuser.

En effet, la France a enregistré un déficit public de 4,3% en 2013, selon l'INSEE (contre 4,9% en 2012), alors que l'exécutif s'était fixé un objectif de 4,1% (il promettait 3% en 2013 lors de la présidentielle de 2012). La dette publique se fixe à 93,5% du produit intérieur brut l'an dernier (contre 90,6% en 2012), là où le gouvernement tablait sur 93,4%. Elle s'élève en 2013 à 1.925,3 milliards d'euros, en augmentation de 84,3 milliards par rapport à 2012 où elle avait déjà augmenté de 116,1 milliards d'euros. Le chômage bat également un record en février 2014: la métropole compte 3 347 700 chômeurs de catégorie A. Même avec la réforme de l'assurance-chômage, au final le déficit va se creuser de près de 5 milliards par an, pour atteindre 37,8 milliards fin 2017. L'objectif initial était de faire des économies. Bref, pas besoin d'épiloguer sur les multiples échecs de réformes structurelles. C'est pourquoi La France est mise "sous surveillance renforcée" c'est à dire que “la Commission Européenne aura ainsi les pouvoirs nécessaires pour garantir ou rétablir une trajectoire budgétaire durable" ce qui signifie imposer aux pays en difficulté la mise en place de réformes structurelles.

Le PS reste le plus intéressant à regarder évoluer car c'est sa future ligne idéologique et son cap qui vont décider de pas mal de changement en France (absorber l’extrême gauche et/ou les verts; ou "tuer" l'UMP). Car en France c'est le parti au pouvoir qui décide de presque tout. Mais avec la perte du Sénat et la remise en cause profonde du gouvernement par les députés de la majorité, qui sait ?

Pour les électeurs le vote sanction est sans appel, logiquement devant le peu de réaction du gouvernement suite à la claque du premier tour. Apparemment ils ont dû se dire que ce ne sont pas eux qui avaient mal compris mais leurs élus. L'abstention militante (qui n'attend plus rien des politiques) bat des records et les directives de votes de tous les partis n'ont plus aucun effet, ce que l'on verra lors de la publication des reports de voix.

En conclusion, peut être que l'officialisation de cette nouvelle crise, politique, (en plus des autres) fera enfin sortir la France de son incapacité à faire les changements qui s'imposent. EN tout cas cela signifie la fin du socialisme municipal.

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