Le premier tour des municipales

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Vous avez probablement entendu maintenant tout et n'importe quoi, à la fois de la part des "journalistes" (commentateurs et chroniqueurs ne sont pas des journalistes la plupart du temps) sur le "tout va mal" et d'un autre coté des figures politiques médiatiques sur ce sujet en mode "tout va bien". Qu'en est-il réellement ?

Les chiffres et la situation globale

Penchons nous sur les chiffres officiels, une infographie pour les 100 plus grandes villes est disponible ici.

Premier choc important, une très forte abstention de 36,45%. Alors même que c'est la la deuxième élection préférée des Français (après les présidentielles).
Au niveau national, la droite recueillerait 46,54% des suffrages exprimés, la gauche 37,74%, l'extrême droite 4,65% et l'extrême gauche 0,58% selon des résultats "consolidés" annoncés dans la soirée par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Il y aurait également des triangulaires dans 114 villes de plus de 30 000 habitants.

Pour les personnalités qui ont choisi des villes historiquement favorables à leur parti ou en sont déjà maire depuis longtemps, beaucoup d'élus UMP et PS, un FN:

  • UMP: Jean-François Copé, Laurent Wauquiez, Alain Juppé, François Baroin, Christian Jacob, Guillaume Peltier, Hubert Falco, Xavier Bertrand, Philippe Marini, Eric Woerth, Franck Riester, Patrick Balkany, j'y ajoute Eric Besson et quasiment Christian Estrosi. Nathalie Kosciusko-Morizet est arrivée en tête à Paris mais devrait perdre face à Anne Hidalgo si elle réussit ses alliances. Niveau claque je citerais Philippe Tabarot à Cannes.
  • PS: Frédéric Cuvillier, Laurent Fabius, Michel Sapin, Claude Bartolone et quasiment Manuel Valls, Benoit Hamon, Yamina Benguigui. On peut y ajouter François Pupponi et Bernard Combes voire Caroline Bartoli dont les médias s'étaient beaucoup moqués.
  • Aurélie Filippetti, Valérie Fourneyron, Pierre Moscovici,Stéphane Le Foll, François Lamy, Guillaume Garot (avec Martine Aubry, Gérard Collomb et Johanna Rolland à Nantes) sont en ballottages. Et ceux qui ont pris une claque: Marie-Arlette Carlotti, Michèle Delaunay, et surtout la plus grosse pour Patrick Mennucci de la part de Jean-Claude Gaudin.
  • Le FN qui n'est pas présent qu'à Marseille puisque Steeve Briois est élu au premier tour à Henin-Beaumont avec des scores en tête à Béziers (Robert Ménard), à Perpignan (Louis Alliot), à Fréjus (David Rachline), à Saint-Gilles (Gilbert Collard). De même que des scores importants à Forbach (Florian Philippot), à Tarascon (Valérie Laupies), à Villeneuve-sur-Lot (Etienne Bousquet-Cassagne) et à Avignon (Philippe Lottiaux) qui sont en ballottages. Enfin des listes se maintiennent à Strasbourg, Lille, Lyon, Marseille, Mulhouse, Saint-Etienne, Tourcoing, Nîmes ou encore Reims. Pour plus d'information vous pouvez consulter cet article.
  • Je n 'aborde pas l'extrême gauche (0,58%) qui est complètement morte suite à la crise.

Alors quelles conséquences en tirer ?

En premier lieu je ne pense pas que cela soit lié à une forte démobilisation de l'électorat de gauche, déçus par le gouvernement Ayrault, mais à un écœurement croissant et global de la politique (les affaires, le manque de résultats) qui explique principalement ce fort taux d'abstention. Ce n'est plus une abstention "pêche à la ligne" mais bel et bien un vote contestataire et de désaveu, ce qui en fait de facto le premier parti de ces municipales.

Que les facteurs tels que les promesses de non cumul et/ou les affaires n'influent pas ou peu, les Français votent pour ceux qu'ils jugent les plus aptes à obtenir des résultats au niveau local mais également beaucoup en fonction de l'approbation de l’action de gouvernement.

Que le FN fait un score honorable mais reste assez faible En effet, le FN n'est présent que dans 597 villes (i.e. a dépsoé des listes) et dont seulement 200 sont en triangulaires (c'est à dire que la liste a obtenue plus de 10%). Pour l'instant avec 6 élus aux conseils municipaux, principalement dans le Sud-Est (sur 36.700 maires et environ 100.000 adjoints au maire, cela ne fait pas beaucoup). Et cela ne représente que 6,1% de l'ensemble des communes de plus de 1.000 habitants. Ceci dit le FN remplira probablement son objectif de 1.000 élus. De même qu'il est probable que lors des européennes le FN obtienne le nombre de voix le plus important, et ce malgré un populisme évident.

Que l'extrême gauche est à nouveau morte après une revitalisation lors des présidentielles. Du fait du système des proportionnelles, ils profiteront des européennes pour faire croire que non mais leurs seuls moyens d'exister se réduisent aux syndicalismes (non patronaux), à la sécurité sociale et aux grands CE.

Enfin que mécaniquement les premières élections intermédiaires sont toujours compliquées pour le parti au pouvoir, surtout s'il possède l'intégralité des échelons du mille feuille administratif, il ne peut alors qu'en perdre. Que le PS et l'UMP sont en situation précaires. L'UMP a eut un "succès" au premier tour (bien loin d'une vague bleue) grâce à la division de la gauche et au mécontentement; mais le PS gagnera probablement au deuxième tour du fait du non report de voix du FN sur le vote à droite. Quoi qu'il en soit, l'on sent bien se profiler à nouveau le même ras le bol avec un vote sanction aux prochaines élections, accompagné bien entendu d'un taux d'abstention record pour ce que le FN qualifie d' "UMPS".

A titre personnel je ne pense que les sondages aient démérité, mais la sociologie et la typologie des électeurs sont devenues extrêmement complexes bien loin des lignes "traditionnelles". Paradoxalement les fractures n'ont jamais été aussi profondes: campagnes contre métropoles, jeunes contre vieux, "élites" contre peuple ou encore CSP+ contre CSP-. Tout cela étant lié au fait que la classe moyenne (et le centrisme) soit en train de disparaître.

Bref, aucune réelle surprise tout cela était connu et annoncé depuis longtemps. L'unique question est de savoir si la gauche réussira à s’unir malgré ses divisions en moins de 7 jours (logiquement oui). La ville la plus emblématique de la France au second tour sera sans aucun doute Marseille et donc la plus intéressante à suivre au niveau médiatique.

Bonus: le détails du Nombre d’adjoints au maire et de conseillers municipaux selon le nombre d'habitants de la ville:

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