Bleu Blanc Rouge

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Ce billet est une prolongation de l’article d'E. Walter intitulé "Blanc".

"J'ai toujours mis un point d'honneur à voter. La mémoire de celles et ceux qui sont morts et se sont battus pour obtenir ce droit était si présente que ne pas en faire usage m'avait toujours semblé une insulte à leur courage et à leurs convictions", il ne faut jamais l'oublier. Seul ceux qui ont le luxe de vivre dans des "démocraties occidentales" et qui n'ont pas connu la vraie dictature, bien à l'abri de la violence, de la peur et/ou la pauvreté (matérielle, financière et éducative) oublient peu à peu l'importance du vote et de leur voix.

Mais ce billet d'E. Walter a le mérite de faire réfléchir sur le sujet de l'abstention (qui peut poser problème), sur le vote blanc (dont la reconnaissance a récemment changé) et de manière plus globale sur la modernisation de la vie publique en France.

Pour être honnête, je partage moi aussi la plupart des points évoqués dans ce billet. Billet qui n'est pas sans rappeler ceux de Laurent Chemla, que ce soit sur Médiapart ou sur Reflets. Seulement voilà, je ne suis pas d'accord sur le fond.

Au préalable je précise que j'aborde la problématique du système politique national Français en tant que simple citoyen. Et que, par contre, je n'aborderais pas le sujet des "petites" villes (moins de 1000 habitants), où le bon sens l'emporte bien souvent sur l'idéologie et les partis, pour me concentrer sur la seule chose dont parlent les médias et les sondages: les grandes villes. D'ailleurs les maires des petites villes en ont souvent "ras le bol" car ils ne décident plus de grand-chose depuis l'apparition des intercommunalités mais restent mal payés, souvent avec un autre métier alors que cela est devenu un temps plein, et en première ligne (du mécontentement croissant).

Fermons cette parenthèse. "Donner sa voix, c'est perdre la voix" nous assène Mr Chemla. Non. Jamais. En aucun cas. Autant je comprends le désir d’amélioration et de changement (et pour les utopistes de "grand soir" qui n'arrivera jamais et qui serait une catastrophe), autant je blâme les citoyens (et en particulier ceux qui tiennent ce discours) de cet état de fait, et de participer à la décrépitude de nos institutions.

Je pense que les Français sortent lentement d'une période de longue apathie politique devant le manque de résultats (la crise) et les abus de plus en plus visibles de nos "élites" politiques. Qui sont loin d'être nouveaux d'ailleurs, j'aime beaucoup la fausse ingénuité dont font preuve beaucoup d'articles provenant de journalistes politiques, mais là n'est pas le sujet. C'est cela qui explique, à mon humble avis, que les Français soient un peu comme des adolescents qui veulent tout, tout de suite et de manière parfaite (mais sans rien avoir à faire d'autre que râler). C'est ridicule et surtout c'est dangereux.

Dangereux pourquoi ? Car ce que l'on appelait des militants (je ne parle pas des gens possédant une carte mais bien de ceux qui font don de leur temps et de leur énergie, bénévolement, à un parti) sont de plus en plus des groupies (l'hystérisation touche tout le monde). Leur(s) idole(s)/parti est par définition parfait et donc inattaquable. Avec la profonde croyance en un homme providentiel qui va, seul avec ses petit poings, pouvoir utiliser sa baguette magique pour arriver à faire voter ses solutions là où les autres ont échoué à le faire (souvent à cause d'une opposition systématique stérile et de surface).

En fait, nous vivons dans une technostructure fortement hiérarchisée, hyper complexe et très changeante. C'est pourquoi la justice et les administrations ont automatiquement de plus en plus de pouvoir. Mais cette réalité ne peut pas influencer les "groupies" qui eux iront encore et toujours voter (et chercher des voix) pour leur "sauveur"/idole, ce qui assure aux candidats un score minimal quoi qu'il arrive.

Et si la majorité, c'est à dire les gens "non encartés" commencent (continuent je dirais) à se désintéresser de la chose publique et, de ce qui nous préoccupe ici, des élections, c'est là qu'ils perdront leurs voix. Vous n'avez pas voté ? Alors arrêtez de faire le critique facile qui n'agit jamais. Saviez-vous que les votes flottants (les électeurs indécis) se déterminent la dernière semaine des élections (p 57) (et sur des critères tels que la personnalité, l'habit, le sourire, le charisme, le vote des pairs, ...) ? Et que 30% des gens interrogés à la sortie des bureaux de vote ne savent pas/plus pour qui ils ont voté ? Comment voulez-vous que cela fonctionne démocratiquement ?

Interrogez-vous: connaissez-vous seulement comment fonctionnent les élections municipales ? La représentativité dans les conseils municipaux ? Les rôles et attributions d'un maire ? Ou encore les personnes éligibles aux délégations de la liste d'un parti ? Je ne vous ferais pas l'insulte de vous demander si vous avez lu les projets (tracts, professions de foi) de chacun des candidats (car ils sont bien souvent inutiles: pleines de promesses ridicules et irréalistes) mais connaissez-vous au moins le budget (et sa répartition) de votre ville ?

Les municipales sont, de par leur nature, des élections d'alliance. De ce fait l'avis des électeurs est souvent peu important dans la "tambouille" car les listes de second tour ne seront que rarement les mêmes que celles du premier. Si cela est vrai pour les personnes, cela ne l'est pas pour les sujets. Si "votre" parti (ou plus couramment je suppose le "moins pire", celui qui se rapproche le plus de ce que vous souhaiteriez) fait un score important, mathématiquement son poids et ses idées de fonds seront incorporées dans les listes bi(ou tri)partites. Alors si vous n'avez pas fait l'effort d'allez voter pour défendre votre opinion; ne venez pas vous plaindre par la suite d'abus ou que les élus ne tiennent pas compte de votre sensibilité car c'est là que vous aurez laissé un blanc-seing à une personne qui ne vous conviendra forcément pas. Il existe plein de petits partis qui essayent de proposer des choses différentes. Cela vaut peut-être le coup de vous y intéressez, car les médias ne le feront pas pour vous.

Mais être élu est aussi (sauf parachutage) un combat âpre et sans merci entre les bureaux des partis. Il faut savoir s'entourer pour pouvoir gagner, ce n'est jamais la victoire d'un homme seul. De même qu'il faut savoir promettre n'importe quoi et serrer des mains, car c'est encore ce qui fonctionne le mieux auprès de la majorité des électeurs "non encartés". Sinon les élections ne se feraient plus que sur les diverses bases militantes (changeante selon les villes) en distribuant gages et faveurs pour gagner une élection. Il semble évident que ce cas de figure profiterait surtout (hélas) à l’extrême droite (car ils ont actuellement la base d’électeurs la plus mobilisée car la plus "anti-système", une bonne blague dont nous discuterons prochainement).

Avant d'aspirer à un changement global du système peut-être faudrait-il déjà commencer par changer nos comportements. Pour rappel, un homme politique est pragmatique. Si la majorité souhaitait réellement une chose, il leur promettrait (ce qui ne veut pas dire que l'équipe municipale le fera par la suite bien entendu). En fait ce qui manque cruellement, je trouve, est une activité de contrôle citoyenne post élection (et éventuellement de sanction). Il existe déjà quelques associations et les rapports de la cours régionale des comptes mais la plupart des Français s'en désintéressent complètement jusqu'aux prochaines échéances. Et souvent pour exprimer leur mécontentement du moment et non en fonction des enjeux de l'élection en question.

Enfin je pense que l'on a les élus que l'on mérite, par exemple si les électeurs arrêtaient de s'abstenir ou de voter pour des personnes comme les époux Balkany qui ont un bilan au-delà de lamentable dans la ville la plus endettée de France, mais qui sont toujours très largement réélus démocratiquement. Ce serait un progrès et un signal de la fin progressive de l’électoralisme et du clientélisme.

Et pour l'instant rien ne le laisse présager car ceux qui devraient être le fer de lance du changement souhaitent, non pas s'impliquer, mais au contraire s'éloigner de la sphère politique en prônant l'abstention ou le vote blanc. Ils doivent croire que les vieux renards auront une révélation et voterons de manière contraire à leurs intérêts. En fait même si un élu ne devait l'être (cas théorique) qu'avec 1% des voix et bien il prendrait et exercerait le pouvoir sans hésitation. De plus nos institutions ne pourraient plus fonctionner s'il fallait attendre que 50%+ des électeurs soient d'accord sur chaque dossier. D'où le concept de représentativité et la très grande importance du vote.

En conclusion, il est bon de rappeler que la politique est avant tout un rapport de force, et donc de nombre de voix. C'est aussi simple que cela. Si vous voulez que les choses changent: DO IT YOURSELF ! Ou si vous ne pouvez (ou ne voulez) pas proposer des projets au moins choisissez en un et influez dessus pour que votre voix compte au maximum. Et même si votre camp ne gagne pas sachez que les politiques tiennent très souvent comptent de toutes les branches et de tout ceux ayant un minimum d'impact (représentatif ou médiatique) et ce quel que soit leurs bords (car ils souhaitent être réélus) et donc que votre vote aura toujours un impact.

Je vais même vous donner un conseil: commencez par exiger la fin des votes par procuration, vous verrez de suite un changement dans la vie politique. Ensuite attaquez vous aux compétences du mille-feuille administratif, histoire de ne pas exiger l'impossible des personnes qui n'y peuvent rien (et du coup font des promesses délirantes). Le cas échéant, intéressez vous au moins a celui des maires et des eurodéputés vu que les prochains votes les concernent.

J'espère que ce billet aura le mérite de faire envisager les choses d'une autre perspective.

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