Les OAT et la France

«La France emprunte à moins de 2%! Pour la première fois de son histoire, le rendement des obligations à 10 ans -appelées OAT- est passé sous la barre de 2%, à 1,995% vers 14h30 le mercredi 5 décembre 2012» nous apprenait le Figaro.

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Pour rappel, une obligation est selon la loi n°66-537 du 24 juillet 1966 (article 284) définit les obligations comme étant des valeurs mobilières émises sous forme de titres négociables qui, dans une même émission, confèrent les mêmes droits de créance pour une valeur nominale.

Plus clairement, une obligation est un instrument financier, permettant à son émetteur (celui qui propose l’obligation) d’emprunter de l’argent selon un mode de rémunération du capital emprunté déterminé d’avance. Tous les prêteurs d’une même obligation ont les mêmes droits et perçoivent la même rémunération. Concrètement, une obligation est un titre, côté (identifié avec un code ISIN), et peut donc se négocier comme n’importe quel titre (actions par exemple). Et le marché obligataire est d’une taille phénoménale (si le total des capitalisations boursières mondiales atteint $54 trillions, les marchés obligataires représentent 3 fois ce montant : $41t. pour les obligations souveraines, $52t. pour les obligations bancaires et d’entreprises, $64t. en prêts titrisés ou non).

Mais pourquoi ce taux alors que le France à des résultats que l’on pourrait qualifier gentiment de « mauvais » :

Hé bien d’une part parce que la dette française reste une très bonne alternative aux titres allemands (réputés les plus sûrs de la zone euro) car, à la différence de ces derniers, elle offre encore un certain rendement. Mais cette situation inédite sur les taux reflète surtout un malaise de la zone euro car l'attitude des investisseurs qui achètent massivement de la dette française, faisant mécaniquement baisser les taux français, s'explique davantage par le fait qu'ils fuient les pays européens en difficulté.

D’autre part l' Agence France Trésor (AFT) qui gère la dette de l'Etat a dit que la France émettra 169 milliards d'euros de dette à moyen et long terme (nets des rachats), soit 9 milliards de moins (-5%) qu'en 2012. Cela reste bien entendu énorme car la France est le pays de l’Eurozone qui va émettre le plus d’obligations d’Etat.

Et qui va acheter ces OAT ?

Et bien pour ne pas faire durer le suspense plus longtemps: le Livret A. Entendons nous bien ce n'est pas le seul produit financier qui sert à financer la dette (LDD, PEL et surtout les assurances vie)

Car oui le placement préféré des Français est une nationalisation de l’Etat. Ce livret reste le produit d’épargne défiscalisé le plus incontournable et le plus emblématique de France. Autrefois l’apanage historique de la Caisse d’Épargne (qui après fusion est devenu le Groupe BPCE), de la Banque Postale, ces exclusivités ont été supprimées par la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l'économie (LME), qui a généralisé la distribution du livret A à toutes les banques (art. 145 et suivants). L'augmentation qui est intervenue le 1er janvier 2013 va bénéficier à la Caisse des dépôts (CDC) qui capte 65% des encours et financer la construction de plus de 100.000 logements sociaux, les collectivités locales et surtout la Banque publique d'investissement (BPI).

En effet la CDC, surnommé la Caisse des Copains en référence aux multiples scandales et affaires dont ont profité de nombreux hommes politiques et proches du pouvoir; est l'actionnaire principal de la banque postale et récupère au sein d’une direction appelée Fonds d’épargne (théoriquement indépendante comptablement), la manne issue du Livret A et va acheter avec des obligations d'Etat.

Pour mieux se rendre compte: le Livret A a enregistré en 2012 une collecte nette de 28,16 milliards d'euros, tandis que celle du Livret de développement durable (LDD) a atteint 21 milliards, selon des chiffres publiés fin janvier 2013 par la Caisse des dépôts. Un record en 194 années d'existence. Au total, en ajoutant les intérêts capitalisés, les sommes déposées sur le Livret A ont atteint 250 milliards d'euros fin 2012. Avec le LDD, l'encours atteint 342,6 milliards. Et si on a augmenté le plafond du livret A ce n’est bien sûr pas pour faire plaisir mais parce que l’acheteur c’est vous ! Donc 40 Mds € de plus dans le livret A c’est 40 Mds € de plus pour acheter des OAT.

D'ailleurs la Fédération bancaire française (FBF) critique le relèvement du Livret A car elle estime qu'il faudrait réévaluer le taux de centralisation à la Caisse des dépôts (qui s'élève actuellement à 65%). Autrement dit, les banques souhaiteraient qu'une plus grande part de l'épargne reste dans ses caisses afin de renforcer leurs dépôts et continuer à pouvoir prêter à leurs clients.

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En conclusion, pour se rendre compte du réel intérêt de posséder un livret A dont le taux est actuellement de 1,75%, il faut retrancher le taux de l'inflation (2,10% en 2011). On obtient alors le taux réel de rémunération de ce placement. En admettant qu'en 2013 le taux de l'inflation soit égale à celle de 2012, on obtient ainsi un taux réel de rémunération de 0,15% ... Je vous laisse méditer dessus.

D'ailleurs, le rapport sur la réforme de l'épargne réglementée, remis par Pierre Duquesne le 19 septembre 2012, préconise deux nouveaux relèvements de 25% en 2015 et 2016, ainsi qu'une réforme du calcul de fixation du taux.

En bonus je vous offre la répartition des acheteurs des nouvelles OAT à 30 ans

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