Islande et Irlande - Partie 2

On parle beaucoup de l’Irlande à propos d’évasion fiscale car elle abrite de nombreux sièges sociaux de multinationales (Apple, Amazon, Facebook, Google, LinkedIn et Twitter) du fait de son taux d’imposition sur les sociétés (historiquement faible à 12.5% depuis 2003) qui attire les grandes entreprises américaines. Mais le tigre celtique après avoir été un des fleurons de la réussite européenne lors de son entrée dans l'UE (1973) puis dans la zone Euro (1999) avec un taux de croissance annuel moyen de 6,5% entre 1999 et 2007, contre 2,2% pour la zone euro à 16 (l’inflation s’est élevée à 3,4% en moyenne, contre 2,1% pour la zone euro à 16) fut le premier pays de la zone euro à entrer en récession (en septembre 2008) lors de la crise des subprimes.

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En effet; les taxes avaient été fortement réduites qu'elles soient sur les personnes (80% en 1975 à 44% en 2001) ou sur les sociétés (40% en 1996 à 20% en 2000). Touché de plein fouet par la crise le chômage explose (passant de 4.2% en 2007 à 14.3% en 2012) et la bourse s’écroule (ISEQ: de 10000 points en avril 2007 il passe à 1987 en avril 2009).

Quelques chiffres pour se situer:

  • Décembre 2012: Huitième plan d'austérité.
  • Population: 4,475 millions d'habitants.
  • PIB par habitant: 40 478 euros (à titre comparatif, le PIB moyen par habitant dans l'Union européenne est de 24 400 standards de pouvoir d'achat en 2010 ou de 34 000 PPA en 2011).

Avant la crise, l’Irlande empruntait beaucoup sur le marché monétaire interbancaire à des échéances de trois mois remboursables deux à trois années plus tard. Or la crise des subprimes a provoqué un effet de contagion et une perte de confiance généralisée entre établissements financiers, ce qui a asséché le marché interbancaire (la crise de liquidité).

En effet, la forte hausse, à partir du mois d'août 2007, des taux à court terme auxquels se refinancent les banques constitue un vrai risque pour leur équilibre financier: « L'envolée des taux du marché du refinancement bancaire (Eonia et Euribor), devenus supérieurs aux taux des prêts sans risque à long terme, constitue une situation intenable pour les établissements financiers », écrit le journal spécialisé Investir. En effet, certaines banques en arrivent à emprunter à des taux élevés pour refinancer des crédits qu'elles ont accordés précédemment à des taux moindres.

Paniquant devant ce constat et ne pouvant plus obtenir d'emprunts, le gouvernement irlandais a alors décidé de se porter garant des banques en supportant leurs pertes. Au total, l'aide irlandaise aux banques s'élève à 55 % du PIB ! La dette publique passe de 25% PIB en 2007 à 120% en 2013 (au même niveau que l'Italie à titre d'exemple). De mi-2007 à fin 2010, le produit intérieur brut irlandais a réalisé une chute vertigineuse de 15 %. En décembre 2010, The Irish Independent dévoile que la Banque centrale d'Irlande a créé plus de 50 milliards d'euros de monnaie pour soutenir ses banques. L'année 2011 aura été celle du retour de la croissance, avec une hausse de 0.7% du PIB (mais à relativiser avec un taux d'inflation à 2.6%) selon l'OCDE, grâce entre autre à la bonne tenue des exportations dans des secteurs comme la pharmacie et l'informatique.

C'est pour cela que le plan de sauvetage de 85 milliards d'euros (avec un taux d’intérêt moyen de 5,8%) du Fonds monétaire international (FMI) et de la Commission européenne (FESF) était devenu inévitable fin 2010. Plus exactement avec 22,5 milliards en provenance du Fonds européen de Stabilité financière (FESF), 22,5 milliards issus de prêts bilatéraux (Royaume-Uni et Suède notamment), 22,5 milliards apportés par le FMI et 17,5 milliards en provenance du fonds de réserve des retraites irlandais (National Pension Reserve Fund).

Le gouvernement avec les 35 milliards dévolus à la recapitalisation des banques du pays a alors décidé de nationaliser l'intégralité du secteur bancaire en mars 2011. Le National Asset Management Agency (NAMA) rachète les actifs (ie les créances douteuses) des six grandes banques Irlandaises (Bank of Ireland, Allied Irish Banks, Anglo Irish Bank, EBS, Irish Life & Permanent et Irish Nationwide). Depuis (source) deux ont été fermés, et leurs dépouilles sont contrôlées par l'Etat (Anglo-Irish Bank et Irish Nationwide Building Society); deux ont été nationalisés intégralement (la Allied Irish Bank fusionnée avec EBS et la Bank of Ireland); pour le dernier (Irish life et Permanent), l'Etat est monté à son capital (plus de 50%). L'Irlande a donc fait ce que l'Islande clame, mais n'a pas fait.

Les Irlandais vont payer l'aide internationale au prix fort. Le gouvernement irlandais doit présenter un plan de rigueur de 15 milliards d'euros. Une condition sine qua non à l'octroi d'une aide de 85 milliards d'euros de la part de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI). Le plan de rigueur s'étalera sur quatre ans, mais 40% de l'effort doit porter sur 2011. Il sera composé aux deux tiers par des coupes budgétaires (15 milliards d'euros) et par un tiers (5 milliards) d'une hausse de la fiscalité. La TVA sera augmentée de 21% à 22% en 2013, puis à 23% en 2014. De plus le nombre de contribuables soumis à l'impôt sur le revenu augmentera.

Côté dépenses, 7 milliards de coupes claires seront réalisées d'ici 2014. Il s'agit de réduire le déficit public à 5,5% en 2013. In fine, la différence entre les dépenses de l'État et ses recettes devrait se limiter à 2,8% en 2014, soit légèrement au dessous des obligations européennes. D'autre part, les dépenses sociales et de santé seront réduites respectivement de 2,8 et 1,4 milliards d'euros sur quatre ans. Le salaire minimum horaire sera réduit de un euro, à 7,65 euros. Dans le secteur public, la masse salariale sera réduite de 1,2 milliard d'euros d'ici 2014. Les rémunérations des nouveaux fonctionnaires recevront un salaire inférieur de 10% par rapport à ceux déjà en place.

Le déficit budgétaire, après avoir atteint 32 % du PIB en 2010, à cause du sauvetage des banques, est de 13% en 2011; et avec un déficit attendu de 8,6 % cette année les experts estiment que l'Irlande est en mesure de revenir comme prévu sous le seuil des 3 % d'ici à 2015 (si elle ne relâche pas ses efforts). Ce qui dépasse les exigences du FMI en plus d'être un signe fort pour les marchés.

Dès lors, le retour sur les marchés financiers, initialement prévu pour fin 2013 par le plan d'aide, est envisageable. Dublin a mis un premier orteil dans l'océan obligataire cette année, en émettant avec succès des bons du Trésor à court terme début juillet. Le Premier Ministre, Enda Kenny, avant que l'Irlande ne prenne la présidence de l'Union européenne (le 1er janvier 2013) envisage d'émettre des obligations à 10 ans d'ici mars 2013.

En février 2013, Dublin a fait un autre grand pas en parvenant à un accord avec la BCE, qualifié d'«historique» par Enda Kenny, sur la réduction du fardeau de la dette issue du sauvetage de ses banques. Cet accord doit permettre à l'Etat irlandais de réduire ses besoins de financement de 20 milliards d'euros sur les dix prochaines années en passant à une échéance de 40 ans pour renflouer la Irish Bank toutefois le rendement des obligations irlandaises échéance 2020, qui avait presque atteint 15% voici 18 mois, au plus fort de la crise de la zone euro, ont diminué de dix points de base à 4,041% après le discours du Premier ministre.

D'autre part Michael Noonan, le ministre irlandais des Finances, accepte de conserver les dettes des banques qui ont fermé, faisant complètement faillite. Mais il voudrait transférer les participations de l'Etat dans les établissements qui existent encore (Allied Irish Bank, Bank of Ireland et Permanent TSB). En effet, les actions de ces trois banques demeurent cotées: Dublin les a achetées 28 milliards d'euros, mais elles ne valent plus que 8 milliards au cours actuel. Et donc l'Irlande souhaiterait que le MSE rachète ces participations à un prix qui reste à déterminer. Ce serait un simple transfert d'actifs qui permettrait au pays de réduire son exposition au risque bancaire.

Un deuxième pallier est franchi pour l'Irlande, qui a réussi mercredi 13 mars sa première émission obligataire à long terme depuis son sauvetage en 2010. L'Agence nationale de gestion du trésor (NTMA), qui avait annoncé mardi soir le lancement d'une nouvelle obligation à 10 ans à échéance mars 2023, a levé mercredi 5 milliards d'euros, selon l'agence Dow Jones Newswires et confirmé la télévision publique irlandaise RTE. La demande a dépassé les 12 milliards, tandis que le taux d'intérêt devrait avoisiner les 4,15 %, d'après l'agence Dow Jones.

La clef de cette reprise repose sur le fait que l'austérité est souvent considérée en Irlande comme une punition méritée. Il n'y a eu presque aucune manifestation et les coupes budgétaires ont pu être effectuées assez aisément. «Les Irlandais ont le sentiment d'être partiellement responsables de la crise», explique la journaliste Elaine Byrne, «Bien sûr, un alcoolique peut reprocher au barman de lui avoir trop servi à boire, mais, à la fin, c'est quand même lui qui boit trop. Nous, c'était pareil avec les emprunts immobiliers».

En conclusion, même si nous avons vu que l'Islande avait une réputation de rebelle, il n'en était rien mais qu'au contraire le «poster boy» pour le succès de l'austérité Européenne était lui un vrai «bad boy» capable de faire plier la BCE. Même s'il faut émettre des réserves sur cette relance: une économie intérieure (80 % du PIB) où la récession continue et la consommation qui décline année après année. De plus, les Irlandais sont écrasés par leurs dettes privées, conséquence logique de la bulle immobilière, et actuellement, 400 000 Irlandais ont un emprunt supérieur à la valeur de leur propriété (qui a été divisé par deux). Mais avec un premier ministre à la tête du l'UE, un ministre de l'économie extrêmement compétent, un peuple responsable acceptant les conséquences de l'austérité et une forte attractivité; mon pari pour l'avenir va sans hésitation à l'Irlande.

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin je vous recommande fortement la lecture assidue de ce billet

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