Islande et Irlande - Partie 1

Oui je sais qu’en Français les deux noms sont tellement proches que la plupart des gens confondent les deux. Pourtant il est très intéressant d’étudier la réaction antagoniste de ces deux pays face à la crise.

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Full disclosure: Cette partie aura été inspiré par ce petit bijou

Commençons si vous le voulez bien par l’Islande (petit pays de 320000 habitants). Autrefois dépendante de la pêche, elle s’était transformée en un riche centre financier. Elle avait privatisé ses banques, attirant des milliers de déposants étrangers (essentiellement britanniques et néerlandais) par la promesse de taux d’intérêts élevés.

On a pu lire un peu partout que l’Islande aurait balayé sa classe politique, tourné le dos à l’économie de marché, rejeté les méthodes du FMI, refusé de payer sa dette publique par référendum populaire ... C’est faux. Le gouvernement aura tenté jusqu’au bout (en allant plus que ce que recommandaient les consignes du FMI) de sauver ses banques avant de se résoudre à les « nationaliser » (très courtement). Il faut dire qu’à l’époque la taille des banques Islandaises représentait dix fois le PIB national du pays. Cela ne s’annonçait pas facile mais plusieurs zones économiques étaient prêtes à prêter de l’argent pour renflouer les caisses (no-strings-attached free money); seule l’incompétence du gouvernement aura empêché cela :

Quelques exemples du niveau d’incompétence du gouvernement de l’époque :

  • Mensonges sur l'état réel des banques Islandaises à la BCE et la BoE (bonus : la mise en attente du ministre des finances de la Grande Bretagne puis lui dire de rappeler).
  • Chercher à avoir en même temps une aide Russe et Américaine résultant dans l’obtention d’aucune des deux.
  • Dire à la télé qu’ils n’aideraient pas les épargnants endettés en devises étrangères annulant aussitôt toute aide de l’UE (seul les dépôts en couronnes Islandaises reçoivent la garantie de l'Etat, celui reviendra bien vite sur cette déclaration). Que l’on se rassure la banque en ligne Icesave (GB + Pays Bas), commence à rembourser les créanciers prioritaires en septembre 2011.

De plus le terme « nationaliser » est un abus de langage vu que si, en effet le gouvernement en a assuré le contrôle de Kaupthing, Landsbanki et Glitnir, il l’a rendu 15 mois après. Actuellement deux banques sont à nouveau entre les mains des créanciers (qui s’abritent derrière le secret bancaire rendant très difficile la connaissance et la condamnation des responsables) et si la dernière est toujours nationalisée c’est uniquement à cause des procès en cours pour Icesave (les deux référendums ne concerneront que cette banque et uniquement sur le taux de remboursement).

Pour les sanctions: un unique politicien poursuivi, le Premier ministre au moment du krach, Geir Haarde, fait surtout figure de bouc émissaire. Il sera condamné pour une formalité et même pas sanctionné. Puis Baldur sakfelldur (un chef de cabinet), qui a vendu toutes ses actions après un meeting sur l'Etat des banques Islandaises a été condamné pour délit d'initié (car il n'a même pas prit la peine de couvrir ses traces) et enfin Lárus Welding, un acteur-clef dans le déclenchement de la crise qui a été condamné a 6 mois de prison plus 3 avec probation. Il garde bien évidemment tout l'argent qu'il a fait sur le dos de la population et a fait appel.

Pour expliquer cette crise, revenons en arrière, en 2008, la société tout entière vivait à crédit. Or les banques s’étaient fait une spécialité de proposer des prêts en devises étrangères (franc suisse, yen, etc.) ce qui est évidemment très risqué (et proscrit depuis la crise). «La Cour suprême a jugé que les emprunts en devises étrangères étaient illégaux», rappelle Svanborg Sigmarsdottir, porte-parole du «Bureau des endettés». Les banques ont donc accepté de recalculer les emprunts comme s’ils avaient été contractés en couronne islandaise, à sa valeur d’avant le krach. Mais, en février 2012, la Cour suprême a finalement décidé que la rétroactivité ne pouvait pas s’appliquer aux paiements déjà effectués. Et l'on tourne en rond comme cela depuis, alors qu'a l'époque de la crise, les emprunts de ce type avait vu leurs sommes dues carrément doubler. Un effort sera fait par les banques afin d'obtenir des remboursements plus rapidement.

Lorsque les prêts n'était pas en devises étrangères, ils avaient la particularité d’être indexés sur l’inflation. C'est à dire que si la somme empruntée était de 100 000 € et l'inflation de 10% dans l'année alors le taux d’intérêt était calculé sur 110 000 € l'année suivante et ce jusqu'au remboursement du prêt. Or l’inflation est endémique et permanente en Islande: passant de 4% en 2011 à 4.7% en 2012, il est à 4.2% en janvier 2013. La croissance serait aux alentours de 2.4% en 2012 et était de 3.1 % en 2011. Le taux de chômage est de 6.3% en 2012 et 7.1% en 2011 (source OCDE et France Diplomatie ainsi que la Banque Centrale Islandaise). Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le système d'indexation Islandais: c'est ici et la suite la. Relativisons d'autant plus que ces chiffres sont en couronnes Islandaises fortement dévaluées et donc autour de 50% de ce qu'elles valaient avant 2008.

Pour sauver les ménages (et les PME) les plus endettés de la faillite, l'Etat incite les banques à écrêter leurs créances indexées sur l'inflation car très impopulaires: au-delà de 110% de la valeur du logement, la dette est ramenée à 110% de la valeur initiale (ce qui si l'on a bien suivit le système n'a fait que retarder le retour aux anciennes sommes pour les faibles revenus). Concrètement l’écrêtement a coûté 196.3 Mds de couronnes (ISK) et depuis septembre 2008 l'indexation a fait que cette somme a grandit de 360 Mds. Ironiquement les plus irresponsables qui ont choisi à la fois l'indexation et les devises étrangères ont été ceux qui ont reçu le plus d'aide au final (un peu comme les banques aux USA lors du départ de la crise).

A la fin l’Islande doit se résoudre à accepter l’aide du FMI (1,25 milliard d’euros au taux de change actuel) et en échange mettre en place un programme de réformes drastique : restriction de 10% du budget de l’Etat, contrôle des capitaux et refonte de la politique fiscale…

En 2011, le montant de la dette du pays avait dépassé son PIB. 100 % du PIB, c’est le ratio de la dette publique islandaise en 2012. Pour mémoire en 2007, avant la crise liée à l’effondrement du système bancaire du pays, la dette ne s’élevait qu’à 22 % du PIB. «La coopération dynamique avec le FMI a permis de préserver le modèle social nordique de mon pays.» dit Arni Páll Arnason, ministre de l’Economie islandais.

Seules les entreprises qui travaillent à l’export tirent leur épingle du jeu, du fait de la faiblesse de la couronne. Ainsi la pêche ne s’est jamais aussi bien portée. Mais cette richesse naturelle, dont les revenus sont entre les mains de grands armateurs qui contournent l’impôt via des filiales installées à l’étranger, ne bénéficie pas à l’ensemble de la population. Du côté des industries lourdes, la production d’aluminium, elle aussi destinée à l’export, va pour le mieux. Et le tourisme est florissant, là encore du fait de la faiblesse de la monnaie.

Toutefois, en mars 2012, Reykjavík a déjà remboursé au FMI 338,7 millions d’euros qui n’étaient dus qu’en 2013. «Ils ont préféré faire porter aux créanciers et aux actionnaires de leurs banques la charge de la crise, plutôt qu'à leur population, ce qui ne me semble pas une mauvaise politique... Une partie de ces créanciers et de ces actionnaires étaient étrangers, effectivement» selon Pascal Riché (rédacteur en chef de rue89), auteur de «Comment l’Islande a vaincu la crise». Nous verrons dans les années à venir si l'Islande continue de s'affaiblir ou bien si Mr Riché a raison.

Bonus: le discours fait à Paris le 28/02/2013 du gouverneur Már Guðmundsson intitulé Iceland's crisis and recovery and current challenges.

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