Chine: Mythes et Réalités

La Chine est aujourd’hui l’objet de tous les fantasmes avec l’émergence du « modèle chinois » et même pour certains économistes le futur n°1 Mondial. Qu’en est-il vraiment de la deuxième économie mondiale ?

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Actuellement célèbre pour ses « attaques de hackers » et son statut de deuxième plus gros acheteur d'or. Avec en plus une croissance économique annuelle de 9,9 % en moyenne entre 1978 et 2012, elle devient en 2012 la première nation commerçante du monde (la somme des importations et des exportations américaines représente 3.820 milliards de dollars contre 3.870 milliards de dollars pour la Chine). Cela ainsi que sa position d’investisseur majeur dans les dettes nationales (1.15 trillion de bons du Trésor US) font a priori de la Chine un sérieux concurrent des Etats-Unis.

En Europe, on ne connaît hélas pas la nationalité de nos prêteurs. Tout au plus sait-on, par les chiffres de la BCE, que 25% du stock de dettes publiques de la zone euro sont détenus par des non-résidents. En avril 2010, le Financial Times affirmait toutefois, sans révéler ses sources, que la Chine en possédait pour 630 milliards d'euros. Sans pouvoir être vérifiée, cette information paraît fiable. Et l'on peut supposer que la crise a fait très largement augmenter ces chiffres pour les dettes de la Grèce, de l'Irlande, de l'Italie, du Portugal et de l'Espagne.

Aux USA le mythe de la chine qui influencerait le gouvernement est rapprochable de celui du Qatar pour la France (qui s'inspire un peu du modèle chinois). Relativisons: déjà le Japon détient à peu près autant de la dette américaine que la chine (1.12 Trillion de dollars selon le département du Trésor en décembre 2012) et nous savons que la Chine et le Japon ne s’apprécient pas beaucoup. Le dernier «affront» fut au sujet des ressources des îles Senkaku-Diaoyu qui a provoqué un renouveau de ces ressentiments. Donc avec environ entre 6 et 7% de la dette et un Bernanke qui fait tourner la planche à billet de manière illimitée la Chine ne risque pas d’influencer beaucoup les affaires et les débats américains (elle a d'ailleurs compris depuis qu'elle ne reverrait jamais ses capitaux et a arrêté d'investir dans la dette US).

De plus il faut tenir compte du fait que la Chine a connu en 2012 son plus faible taux de croissance (7,8% selon les statistiques officielles douteuses), il serait probablement plus faible encore d'après des indicateurs tels que par exemple le Baltic Dry Index qui nous indique que malgré ce que la chine dit sur ses exportations en tout cas les cargos ne suivent pas. Ensuite il y a également le fait que l’économie américaine reste de toute évidence et pour longtemps l’hyper puissance mondiale en termes de PIB par habitant avec 49 483 $ (en PPA pour l’année 2012) contre seulement 9167 $ en Chine pour un pays pourtant classé comme économie émergente (les BRICS). Or qu’est-ce que la puissance économique sinon la richesse par habitant ?

Même lorsque l’on prend des indicateurs tel que l’IDH la Chine arrive à la 101ème position (entre les îles Fidji et le Turkménistan) pour l’année 2011 selon le dernier rapport du PNUD.

Enfin, le renforcement des inégalités sociales avec 42% des richesses accaparées par 1% de la population en 2011 menace les perspectives de croissance sur le long terme. Comme le confirmerait le coefficient de Gini s'il était connu mais dont nous avons une estimation. Ce qui laisse supposer l'arrivée de grèves massives pour plus d'égalité sociale en plus du problème engendrée par la pollution dans les grandes métropoles (bonus).

Enfin, le nouveau président Xi Jinping a choisi de continuer à investir dans les infrastructures alors qu'il y a déjà des villes ainsi que des aéroports entièrement vides

L’économie chinoise reste donc très dépendante des exportations. Or l’Europe et les USA connaîtront très probablement une récession et rien ne dit que la Chine pourra aisément prendre un virage en se retournant vers son marché intérieur qui dans sa grande majorité est encore, comme nous l'avons vu, peu solvable (et nous attendrons pour aborder les problèmes liés à la désertification rurale).

En conclusion, de mon point de vue, ce n'est pas encore demain que la Chine pourra prétendre à la place de n°1 mondial mais qui peut dire avec certitude de quoi l'avenir sera fait ?

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