"Overdose" et Réforme Bancaire

Je vous parlais dans mon billet précédent du documentaire basé sur le livre « Financial Fiasco » de Johan Norberg. Il y décrit l’histoire de la crise des subprimes ainsi que ses conséquences en remontant de la bulle « dotcom » jusqu’à nos jours.

Government

La conclusion pourrait être le simple constat : « C’est le risque lorsqu'on protège les investisseurs et les consommateurs des conséquences de leurs propres actions » (citation du livre). Cela part d’une intention louable mais les conséquences s’annoncent terribles pour tout le monde.

Le gouvernement et la Fed dès les années 2000 ont souhaité « garder des taux (d’intérêts) bas pour sauver des entreprises au bord de la ruine et ainsi garder un taux de chômage bas » suite à l'explosion de la bulle Internet. C’est-à-dire qu’ils souhaitent acheter à crédit la paix sociale ce qui est loin d’être une idée nouvelle. Mais « Des taux d’intérêts bas peuvent entraîner la création d’une bulle » (A. Greenspan, ancien président de la Fed). Dans le cas présent celle-ci sera celle des «housing crisis» (qui concernera les hypothèques prises pour acquérir une maison).

On pourrait résumer ainsi cette crise qui a secoué la planète :

Cela commença vraiment lorsque les fameuses « Governement Sponsored Entreprises » FreddieMac (dont le vrai nom est FHLMC) et FrannieMae (FNMA) durent donner de l’argent à des personnes qui n’auraient pas pu avoir d’emprunt autrement (et ce sans apport initial) sous la pression du gouvernement (les « NINA loans »), très risqués. Donc en cas de perte c’est la banque qui perdait de l’argent et non le contribuable (pas d’apport) en échange de la saisie de la maison. Et du coup cette personne n’avait que faire de savoir ce que faisait la banque avec l'argent et les hypothèques ainsi obtenus. Les banques ont alors revendu ces hypothèques à d’autres banques/assurances/investisseurs (OPCVM) /hedge fund de par le monde; à la fois pour faire des profits et surtout ne pas se retrouver dans une situation où elle risquait d’être perdante. Les agences de notation (peu nombreuses et licenciées par le gouvernement) donnaient alors à TOUT les CDO (collateralized debt obligation) la note maximale (AAA) même si ceux-ci devenaient de plus en plus risqués (il est bon d’ajouter qu’elles étaient payées par les banques sus citées et donc n’avaient aucun intérêt à déprécier la source de leurs gains). Je précise aussi que ce n'était pas toujours le cas pour les CDS (Credit Default Swap) et les ABS (Asset-Backed Security)

« Si vous pouvez acheter une maison sans apport alors ça se passe bien tant que les prix (de l’immobilier) continuent de grimper» (Vernon Smith, Nobel d’économie 2002). Et c’est bien ce qui se passa dura un certains temps. Lorsque les taux finirent par revenir à la normale en 2006 alors commença la crise dite des « subprimes » car les gens ne pouvaient plus emprunter pour rembourser les précédents emprunts, sans parler de ceux n’ayant qu’un faible revenu qui furent simplement mit dehors. Les agences de notations dégradèrent alors au maximum les subprimes; surprenant les investisseurs qui ne regardent bien souvent pas au-delà. Par effet domino, des banques et des assurances font faillites et même les « Too Big To Fail » durent être refinancés d’urgence (sauvetage d'AIG, Meryl Linch, Bear Stearns, Washington Mutual, Wachovia et faillite de Lehman Brothers & Dexia (FR)).

Problème : « L’économie est en train de sombrer la récession s’installe, les ventes sont mauvaises, les exportations sont faibles, vous avez besoin d’argent ? » Solution : faire des plans de relance ! Aussitôt dit aussitôt fait. Aux USA 700 Milliards furent injectés dans l’économie pour racheter ce qui était « subitement » devenu des «actifs douteux » ou encore « emprunts toxiques ». Et toutes les banques durent accepter cet argent pour que le consommateur ne sache pas lesquelles étaient au plus mal. Donc celles qui avaient pris énormément de risques ne furent pas longtemps inquiets des conséquences. La même chose fut faite un peu partout dans le monde. Il fallait protéger à tout prix les banques et bien entendu les électeurs (les élections approchant).

David M Walker (United States Comptroller General jusqu’à 2008) dit qu’en soi l’idée était bonne mais qu’il manquait trois choses :

  • Des objectifs clairs sur ce qu’ils souhaitent faire
  • Avoir des critères établis au préalable pour savoir qui aurait l’argent et qui ne l’aurait pas
  • Avoir des conditions sur ce qu’il est permit de faire (et ne pas faire) avec cet argent

D’où un très grand gaspillage de l’argent du contribuable. Par la suite une partie de cet argent (100 Mds) sera utilisé pour sauver l’industrie automobile (Chrylser et General Motors). Il aurait coûté moins cher de donner directement cet argent aux salariés en laissant ce secteur mourir.

Arrive 2008, c’est le moment pour la Fed de ben Bernanke de baisser encore plus le taux directeur pour atteindre quasiment 0%. Ce que font également les autres banques centrales. C’est-à-dire refaire une bulle mais au lieu d’avoir un taux de 1%, cette fois-ci on le fera avec 0. Et endettons-nous de plus belle (prêt étudiant, découvert bancaire, et bien entendu achat des bons du Trésor) pour tenter de retrouver l’ancien système et son niveau de consommation. Le gouvernement oblige à nouveau les banques à donner les plus librement possible cet argent (pour s’endetter encore plus) pour relancer l’économie.

En 2009, Obama prévoit à nouveau un plan de relance de 787 Milliards de dollars (objectifs : les routes et aéroports, l’éducation, la lutte contre le chômage ainsi que les allocations). Même constat que précédemment : en fait seulement un tiers aura effectivement aidé à la relance de l’économie. Par exemple, une mesure a eu énormément de succès : une prime à la casse pour acheter une nouvelle voiture. La même chose est faite en Allemagne à hauteur de 7 Mds pour les voitures de plus de neuf ans appelé « prime environnementale », mais la prime ne dure pas alors que les dettes engendrées si. Et bien entendu cet arrêt s'accompagnent d'un retour inévitable aux faibles chiffres de vente précédent cette prime.

Mais même cette croissance subventionnée à ses limites : plus il y a de dettes, plus le plan de relance doit être important pour avoir un effet notable et bien entendu uniquement à court terme. Et qui dit relance plus importante dit retour encore plus brutal à la réalité quand celui-ci se termine. Pour l’instant les marchés ont repris leurs cours « normal » (profits records, marchés à la hausse avec des scores historiques) mais toutes les conditions précédentes qui ont mené à la crise sont toujours là et cette fois-ci la bulle sera mondiale.

Les Etats sont maintenant tellement endettés que si le taux devait augmenter ne serait-ce que d’1% (dégradation de la note des agences de notations par exemple), ce serait des sommes de plusieurs centaines de milliards dont on parlerait aux USA (et de même, mais dans un moindre mesure, en Europe). Et il faut tenir compte du fait que les notes des agences de notations peuvent baisser en un rien de temps (demandez à la Grèce).

En conclusion, il est donc d’une importance capitale de réduire la dette et d’assainir les économies si l’on ne souhaite pas avoir une crise majeure du système capitaliste. Ce n’est même pas une condition suffisante puisque toutes les économies sont devenues interdépendantes grâce à la mondialisation (exports/imports) d’où l’importance d’avoir un pays autosuffisant dans (au minimum) les secteurs agricole et de l’énergie. Les USA ont d’ailleurs prit des mesures pour atteindre l’indépendance énergétique d’ici à 2035.

Fichier vidéo intégré

Maintenant que vous avez plusieurs éléments, utilisons un peu notre cerveau pour s’apercevoir que:

  1. Non ,ce n'est pas la faute de méchants traders (qui ne font qui suivre les règles du marché)
  2. Séparer «banque d'investissement» (qui feraient de la spéculation) et «banque d'épargne» (utile à l’investissement) est très compliqué et surtout pas vraiment utile.

On pourra à ce sujet consulter le rapport Liikanen d'octobre 2012 inspiré de la loi Dodd-Franck (USA) et de la commission Vickers (GB). En effet la crise n'est pas venue de la spéculation des banques mais bien d'une activité bancaire utile à l’investissement (les maisons et le BTP) et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics !

Il faudrait donc plutôt renforcer les pouvoirs et les moyens de l'AMF et de l'EBA ainsi que la transparence et l’accessibilité à l'information par tout les intervenants (surtout entre les banques et ses clients). Enfin plus technique, mais tout aussi vrai, ces activités furent faites de contrats de gré à gré (entre des professionnels de droit privés dit éligibles) et donc en dehors des règles des marchés réglementés. Puis inscrites au SPV (Spécial Purpose Véhicule) hors du bilan de la banque (et crées pour l'occasion). Et donc très difficilement décelables.

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