La goutte d'eau

Il nous arrive parfois de se retrouver confronté à ses propres limites de raisonnement et de cohérence.

Prenons un exemple: Un parti politique milite pour plus de liberté d'expression (disons pour une meilleure protection des sources et des "whistleblower") ainsi que pour la neutralité des réseaux et le droit à la vie privée sur les réseaux dit "sociaux". Dans le même temps celui-ci appelle à l'(auto)censure (et la sanction) des propos d'un de ses membres. C'est complètement paradoxal me feriez-vous alors remarquer avec raison.

Certes il est aisé de le repérer lorsque cela est énoncé en ces termes. Le sujet devient autrement plus compliqué et sensible lorsque l'on y superpose d'autres notions telles que les propos racistes (on se rappellera ici le proportions prise par l'affaire du hashtag #UnBonJuif). En France il est possible de sanctionner les propos racistes. Mais sur Internet comment lever l'anonymat ? Et si ce sont des mineurs ? Il est encore plus compliqué de prendre position si l'on se bat pour la liberté d'expression, car alors logiquement les racistes devraient avoir le droit de s'exprimer (et surtout celui de se faire répondre vertement dessus). Du coup le parti pourrait-il être accusé d'encourager les déviances extrémistes ? surtout si un des ses membres a eut un lien avec les dits extrême ? C'est délicat, cela mérite réflexion car il n'y a pas de position simple et manichéenne sur le sujet.

C'est encore plus délicat lorsque l'on parle de propos sexiste sur les réseaux sociaux. Comment ne pas dénoncer l’inacceptable et aider les personnes concernées si l'on s'y trouvait "réellement" (opposé à virtuellement) impliqué ? Ce sujet braque et déchaîne encore plus les passions des uns et des autres, et ce, à la vitesse quasi-instantanée des réseaux sociaux. Nul droit à l'oubli sur internet car tout sera archivé puis mis en public sur des sites, forums, mails et/ou blogs. Cela pourra donc éventuellement poursuivre les personnes concernées. Sans porter de jugement sur le fond, dans la forme, on arrive extrêmement vite à des propos qui n'ont plus rien à voir avec les faits de départ, pour passer à un appel public à la vindicte populaire. Les donneurs de leçons et les gardiens de la morale font alors leur apparition pour juger et prendre position en faveur de l'un ou l'autre des camps. Les deux partis initiaux n'ont alors plus aucune chance de pouvoir expliquer, discuter (ou mieux débattre) et encore moins d'influer sur la position de l'autre. Continuer dans cette affaire serait alors évidemment une erreur.

Il faut savoir prendre du recul et se remettre en question. Reprendre les bases: De quoi parlons-nous ? Quels sont les faits ? Comment résoudre le problème ? A priori des solutions simples s'imposent alors: ignorer les propos ou bloquer l'auteur. Mais cela ne résout pas les conséquences de l'escalade une fois celle-ci déclenchée. Les personnes vont continuer à ajouter de l'huile sur le feu jusqu'à qu'il ne reste plus rien à brûler. Quelle suite alors donner ? Difficile d'avoir une idée de la véracité des faits énoncés par chacun alors faut-il sanctionner les propos ? Éduquer et faire prendre conscience des erreurs de chacun ?

C'est complexe. Il faudrait trouver un point d'équilibre entre le "Ne pas prendre fermement position contre une agression ou une oppression, c'est faire le jeu de l’oppresseur" (Desmond Tutu) et le "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire" (faussement attribué à Voltaire mais je digresse). Les propos tenu sur un blog/compte personnel peuvent-il impliquer d'autres personnes s'ils sont tenu sur un réseau public (ie sur Internet) ? Ou si l'on est membre d'une association ou d'un parti, celui-ci devra-t-il automatiquement assumer les propos dudit auteur ?

Je n'ai malheureusement pas la réponse mais ce qui est sur c'est que ce genre de chose nécessite du calme et beaucoup de réflexion. Il est des jours où il ne doit pas être simple d'être juriste.

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